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D’un jour à l’autre. Le secret de l’atelier…

Elle admit que tous les cafés ne faisaient pas l’affaire.

Le deuxième atelier…, Marguerite Dewandel

(Pour accéder au diaporama, cliquez sur le mot Londres de la première image)

À l’adolescence, sans qu’elle en fût consciente, « explorer les cafés » lui permit d’échapper à la pression familiale normative ; cette question résolue, elle continua à s’y bien trouver, glissant insensiblement et paradoxalement vers une recherche d’isolement et de concentration pour accomplir son travail d’écriture.
Après de nombreuses déceptions, elle admit que tous les cafés ne faisaient pas l’affaire et édicta quelques principes drastiques : au delà de l’agencement et du décor qui doivent être apaisants, du son nécessairement ouaté et d’une possible musique qui restera discrète, il faut qu’une place s’impose qui permette le retranchement et l’observation intermittente. Surtout jamais de terrasse(1), mais bien au contraire, le fond d’une salle à l’endroit le plus éloigné de l’entrée.
Une fois le lieu distingué, des habitudes s’instaurent : même chaise, même heure et même consommation.
Les jours passant, elle s’applique à maintenir une distance avec toute autre personne afin de garder un anonymat relatif. Si, par malheur, une sympathie s’établissait, elle ne reviendrait plus.

Rien ne doit interférer l’émergence désordonnée du flux silencieux des mots et gêner leur saisie brouillonne sur le papier : phrases courtes et elliptiques pour ébaucher l’évocation de quelque situation improbable et de quelque pensée abrupte qu’il s’agira de clarifier, de densifier au retour à l’atelier. Listes, bribes de phrases, croquis… tout est bon pour capturer ces idées que le temps aurait écrasées, anéanties.

Dans la plupart des villes où elle vécut durablement, séjourna brièvement, fit étape occasionnellement, elle chercha un de ces lieux de retraite dont parfois de fort loin ou après bien longtemps, elle se souvient avec reconnaissance et une douce jouissance rétrospectives.

Marguerite Dewandel

(1) Quand elle demeura plus longuement à Venise, elle admit que c’était le seul endroit où certaines étaient praticables et concéda un codicille.

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Complément de dernière heure de l’auteur :
Denyse d’Artemes m’a fait parvenir un extrait du roman Le Rivages des Syrtes de Julien Gracq, après avoir lu cette chronique, en précisant que le goût de Joëlle Labiche pour les salles de cafés obscures et retranchées l’avait toujours renvoyée au chapitre 2 de cet ouvrage : La salle des cartes
« (…)un lieu attirant, un lieu où il convient sans plus de discussion de se tenir. Ce qui frappait d’abord dans cette longue salle basse et voûtée, au milieu du délabrement poussiéreux de la forteresse démantelée, était un singulier aspect de propreté et d’ordre, - un ordre méticuleux et même maniaque, - un refus hautain de l’enlisement et de la déchéance, une apparence à la fois fastueuse et ruineuse de rester toute seule au port d’armes, un air surprenant qu’elle gardait sous le premier coup d’œil, au milieu de ce décombre, de demeurer obstinément prête à servir. En faisant grincer les gonds sur cette solitude surveillée, comme sur l’arroi théâtral et intimidant d’un banquet de gala avant l’entrée des convives, je ne pouvais m’empêcher de ressentir chaque fois le léger choc qu’on éprouve à pousser à l’improviste la porte d’une pièce apparemment vide sur un visage soudain plus sinistre que celui d’un aveugle, absent, dissous, pétrifié dans la tension absorbante du guet. »
Dans la feuille de papier pliée, elle a malicieusement glissé de petites reproductions, sans aucun commentaire, de deux œuvres de Rembrandt, Le philosophe en méditation et Saint Jérôme dans sa cellule.

Extrait

LA 5E ÉPOQUE (2014-15)

Bande-annonce du court-métrage « La 5e époque » qui a été projeté au cours de l’exposition « Yves Carreau : Transmissões » au CCJF de Rio de janeiro.
Il a été réalisé par Joëlle Labiche et Quentin Aurat avec la participation d’Yves Carreau, Julie Verin et Marie Maignaut.