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D’un jour à l’autre. Le secret de l’atelier…

La collection de photographies de J. Labiche

Les entretiens // Denyse d’Artemes

Denyse d’Artemes propose une nouvelle série : les entretiens.
En décembre 2011, elle rencontre Joëlle Labiche à propos de sa collection de photographies. (© La Cage de l’Ombre Forte)

Dd’A. Pourquoi une collection ?
JL. Cela n’a jamais été une décision clairement exprimée. Je ne pourrai même pas dire à quel moment cette quête a vraiment débuté. Les acquisitions les plus anciennes datent du début des années 90 mais j’ai toujours conservé des photographies dans des carnets. En fait, c’est la recherche d’autre chose qui m’a amenée à conserver ces documents. À la réflexion, il me semble que mes fréquentes conversations avec Benoît Ronbas ont été pour beaucoup dans cette passion. Le récit de ses aventures qu’évidemment je n’ai pas vécu, m’a toujours fascinée.

Dd’A. Vous me dîtes que vous cherchiez autre chose. Pouvez-vous aller plus loin ?
JL. Il s’agissait pour moi dès le début de trouver un écho aux images mentales qui m’occupent, de retrouver des images pré-existantes, en d’autres termes de visualiser ce que j’appelle « le roman de la mythomanie raisonnable ». Ainsi dans la série présentée aujourd’hui, sont montrés des personnages qui me sont étrangement familiers bien que je ne les ai jamais croisés et que je ne sache rien d’eux, et pour cause, beaucoup ne sont plus de ce monde. Je les considère comme des êtres familiers, des proches. J’ai d’ailleurs cette même impression quand je lis les textes de Marguerite Dewandel à qui j’ai demandé de titrer et légender les images photographiques.

Dd’A. Pourquoi des photographies ?
JL. Au début, mon intérêt se portait sur des objets : des bibelots désuets, des vêtements démodés, des objets obsolètes, de petits sacs précieux par exemple.
Dans ma famille, était conservé dans un écrin, un missel du XIXe siècle, ayant appartenu à ma trisaïeule. Sa couverture était en ivoire gravé. Ce petit livre me fascinait en tant qu’objet car sa sacralisation sécularisée me faisait oublier sa fonction au profit de sa forme. Il a sans doute suscité le désir de préservation d’objets et orienté ma collection de missels anciens. Peut-être, je dis peut-être, a-t-il aussi favorisé mon intérêt pour la typographie. À partir des années 90, j’ai commencé à photographier les objets rassemblés en vue d’un archivage. Puis au début du siècle, j’ai commencé à rassembler sans vraiment m’en apercevoir des photographies qui dialoguaient avec ce premier fonds. Je n’ai pas d’attirance pour les qualités formelles de l’image photographique ; je lui préfère le dessin, le signe graphique. Je considère la photographie comme un médium, une manière d’atteindre quelque chose et pas un langage en tant que tel. La photographe m’intéresse quand elle est confrontée à une situation plus forte qu’elle. Ainsi, j’ai vu récemment l’exposition « Fichés » aux Archives Nationales et j’ai été saisie par la force des images en ce qu’elles disent du visage livré, de l’Histoire, de la Politique.

Dd’A. La plupart des photographies n’ont pas la qualité technique exigée par les spécialistes de cette technique. Pouvez-vous nous parler de cet aspect de votre collection ?
JL. La technique ne m’intéresse pas en tant que telle. Ce qui m’attire, c’est la poétique de l’image. Je dirais même que son mauvais tirage, sa conservation médiocre m’émeuvent.
L’anonymat de l’auteur de l’image est une autre dimension récurrente. À de rares exceptions, l’auteur est inconnu comme les acteurs d’ailleurs. Ainsi, le spectateur a toute latitude pour endosser ce rôle et peut s’engouffrer dans une lecture très ouverte.

Dd’A. Quelles sont vos sources ?
JL. Toujours des lieux modestes : les marchés aux livres, les brocantes, les salles des ventes. J’aime fouiller et être attirée par une image qui s’impose dans une série fade. Il m’arrive aussi d’acheter des photographies à leur créateur. Ainsi dans la série présentée, il y a deux photographies de Benoît Ronbas : « Houlgate, 1985 » et « Éventuellement, un ciel normand ». Je les ai achetées récemment après que Benoît, intrigué par ma collection, m’ait montré ses porte-folios.

Paris, 11 décembre 2011

Extrait

LA 5E ÉPOQUE (2014-15)

Bande-annonce du court-métrage « La 5e époque » qui a été projeté au cours de l’exposition « Yves Carreau : Transmissões » au CCJF de Rio de janeiro.
Il a été réalisé par Joëlle Labiche et Quentin Aurat avec la participation d’Yves Carreau, Julie Verin et Marie Maignaut.