Newsletter | Facebook

D’un jour à l’autre. Le secret de l’atelier…

ARCHIVES
DES IMPRESSIONS
MÉLANCOLIQUES
Yves Carreau


La Cage de l’Ombre Forte
publie le catalogue de l’exposition

ARCHIVES
DES IMPRESSIONS
MÉLANCOLIQUES
Fragments d’une collection

YVES CARREAU

présentée par la grange du Boissieu
du 29 septembre au 28 octobre 2018
les samedis et dimanches
de 14h à 19h.

Vernissage de l’exposition
et présentation de l’ouvrage
le samedi 29 septembre à 15h

Tout au long de sa vie, Yves Carreau s’est passionné pour l’image sous toutes ses formes : du signe abstrait à la figuration, du noir et blanc à la couleur, de la miniature au grand format, de la pièce unique aux multiples.

••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
CLIQUEZ SUR LA PREMIÈRE IMAGE DU PANNEAU AFIN D’ENGAGER LE DIAPORAMA.
••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

Sélection de pages du catalogue reproduisant les œuvres exposées :
Linogravures, sérigraphies, xylogravures, dessins.

Contact : la grange du Boissieu
www.lagrangeduboissieu.fr
Alexandre Baumgartner (06 80 32 29 44)
Place Denis de Boissieu, Le Boissieu, 38530 La Buissière

Extrait

Le rôle involontaire mais salutaire que peut jouer le miroir…

À propos de Sans Titre de Hubert Renard.


Marguerite Dewandel, mars 2013, Paris.

Photographie : Benoît Ronbas
©La cage de l’ombre forte.

Je connais le travail de Hubert Renard.
La Conférence des Échelles m’avait enchantée. La manière malicieuse dont son auteur, un certain HR, m’avait entraînée, par le biais d’un simulacre tant visuel qu’oral, là où je n’envisageais pas aller, me donna à penser.
Cette fois, dans Sans titre*, l’image n’est pas sollicitée et cependant elle est présente de bout en bout car l’écriture nous conduit sans cesse à visualiser ce qui est évoqué ; les stéréotypes visuels de la modernité, la question récurrente du futur de l’art, l’exotisme de nouvelles pratiques artistiques sous d’autres latitudes, les nouveaux lieux de l’art, les personnes, tout est en place pour créer une succession de scènes (au sens théâtral) à la fois légères et graves.
J’ai aimé m’immerger dans ce XXIe siècle phantasmé, guetter les rebondissements, solliciter un imaginaire fondé sur les connaissances des présents et des passés de l’art.
La lecture est aisée, agréable, l’auteur refusant tout effet de style encombrant, pour se consacrer entièrement aux situations qui nous questionnent dans nos propres pratiques.
Mais c’est une lecture sur le fil du rasoir car, au delà de cette trompeuse légèreté, s’installe une tristesse prégnante, un malaise dont il est difficile de se défaire, qui laisse longtemps une empreinte après que la dernière page soit repliée. Assurément, bien qu’il y soit question d’un futur que je qualifierais de lointain, c’est bien d’aujourd’hui dont il est question.
En effet, les aventures de S.t. et de son « inventeur »** Henri Rickmayer parlent de notre société, de nos envies, de nos dépits, de nos enthousiasmes, de nos erreurs ; en fait elles parlent de nous.
Moi qui ne suis qu’au bord de ce milieu qu’HR dissèque, je sens bien qu’une hésitation constante s’empare du lecteur qui, entre le roman ou le reportage, a quelque difficulté à choisir. Je sais aussi que ceux qui ont une position plus centrale, acteurs plus ou moins repérés du milieu de l’art - des conversations avec des proches m’ont alertée sur ce point - ont pu être inquiété par cette « saga », c’est là le rôle involontaire mais salutaire que peut jouer le miroir.

* Sans titre, Hubert Renard, roman, 23 x 17 cm, 192 pages, art&fiction, coll. RE : PACIFIC, 2013
**Inventeur plutôt qu’auteur, la distinction sera limpide pour ceux qui liront.

Extrait (p.162) :
«  Grâce à ces deux techniciens du musée, j’eus la confirmation que la célébrité de Rickmayer n’avait pas survécu à sa disparition, que tout le monde m’avait oublié, et que très peu s’intéressaient à l’art ancien. Les jeunes artistes du moment travaillaient comme conseillers artistiques, avec des ingénieurs et des scientifiques, pour reconstruire un monde plus juste. Plus personne ne faisait d’exposition, ou alors très officiellement et très pédagogiquement, autour de l’art ancien. Ce qu’on appelait autrefois le marché de l’art était moribond, remplacé par de rares antiquaires pour quelques riches collectionneurs amoureux de reliques. Le passé n’était pas à la mode, et le présent n’était pas à vendre.
Le nouveau Louvre était un immense dépôt d’antiquités que l’on conservait pour attester que les récits faisant l’histoire de l’art reposaient sur de véritables objets bien matériels. Nous, les objets du musée étions les témoins palpables d’une histoire mythique. Nous n’étions pas cette histoire, qui n’avait pas besoin de nous pour s’écrire, nous en étions la substance. Nous n’étions pas le récit, mais sa pure matérialité. Nous donnions de la chair à des émotions qui se nourrissaient ailleurs.
Je vieillissais moi aussi, j’étais devenu un témoin du passé. Nous étions déjà en 2093. 
 »